SUD LANDAIS




BOUCAU DE DIOU, BOUCAU DOU DIABLE ! par Marie-Claire Duviella 

Il est bien connu qu'autrefois le Diable arpentait régulièrement les chemins de France et de Navarre, à la recherche de tous ceux qui, contre quelques pièces d'or, lui vendraient leur âme pour l'éternité. Ses sataniques entreprises s'avéraient – trop souvent, hélas ! – couronnées de succès, mais il restait pourtant fort marri de l'échec cuisant qu'il venait de subir en Pays basque. La beauté rude et rare des vertes pentes d'Euskadi lui avait donné le frisson et, malgré tous ses efforts, il n'avait pu réussir à apprendre la langue gutturale de ces pasteurs de brebis à la rustre odeur de suint montagnard. Dans les cayolars de la Rhune et du Jaizquibel, notre debruya (seul mot euskara qu'il ait appris, et pour cause…) avait fait chou blanc et il ruminait une vengeance qu'il voulait éclatante et sans pareille. Errare humanum est, soit, mais perseverare diabolicum ! Le Malin connaissait le proverbe et résolut de reprendre ses errances. Cette fois, il s'en irait du côté de Capbreton.

Nombreux étaient ceux qui lui avaient conté que c'était là-bas un pays de cocagne, si béni des Dieux qu'on l'appelait Boucau de Diou. « Après mon passage, ce sera désormais Boucau dou Diable, satané hilh de pute ! » Un damné de Soustons, dont nous tairons le nom, qui cramait depuis pas mal de temps dans la fournaise infernale, lui avait enseigné quelques rudiments de gascon. Le Bouhart l'avait assuré que malgré ses huc, ses tuc, ses bruc, ses tyioc et ses bartoc, cette langue truculente serait tout à fait à sa portée.

Un beau matin, il se suspendit la queue à un clou, la fourche à un autre et se plia soigneusement la cape dans un coffre d'ébène. Voyez comme le hilh dou dianchou avait déjà assimilé les tournures du parler de chez nous !

Sachant les Capbretonnais traditionnellement méfiants envers ce qui était d'alhouns vinut, il décida de revêtir les hardes du pèlerin se rendant à Compostelle, car bon nombre de jacquets embarquaient au port de Bouret. « Ainsi, pensa-t-il, passerai-je inaperçu ! »

Après s'être ajusté la coquille autour du cou et le cuyoun à la ceinture, il se drapa dans un mandilh verdâtre de loqueteux et se contempla dans la glace. Par-fait ! Il était par-fait ! Appuyé sur un bourdon de néflier fraîchement taillé, déterminé, il se mit en route. 

  Sous le chaud soleil d'une après-midi de juin, l'insolite pèlerin arrive, tyinque-tyianque, sur la côte de la Madeleine, où vient d'être célébrée, le matin même, la grand-messe de la Saint-Jean. Une multitude joyeuse et bigarrée flâne tout autour de l'église, s'égaille en riant dans les vignes toutes proches ou se promène à petits pas le long des jardins bordant l'Adour.

« Diantre ! Que de monde ! Je ne vais avoir que l'embarras du choix ! » ricane le diabolique coquillard en s'enfonçant le vieux chapeau troué qui lui sert de couvre-cornes, afin que nul ne lise la cruauté qui monte en son regard

(Extrait de l'article de 5 pages ... Cahiers du Sud-landais N°1).

 

 

 

 

 

 



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