LA BATAILLE DE LA CÔTE D'ARGENT par J.Marie DUTEN
Lorsque l'astucieux Maurice Martin monta l'opération marketing des caravanes faisant la traversée des Landes d'Arcachon à Biarritz en mars et octobre 1905, il avait convié une pléiade de journalistes et responsables de 1'Automobile Club de France pour exposer son projet de boulevard automobile qui traverserait la contrée en suivant le littoral. L'illumination lui vint en arrivant à Mimizan : il fallait baptiser cette côte Côte d'Argent et le baptême eut lieu le soir du 20 mars, sablé au champagne dans l'enthousiasme général. Jusqu'à 1'arrivée à Biarritz et pendant toute la caravane d'octobre, le nom fut martelé et La Côte d'Argent devint le titre de 1'ouvrage paru en 1906, dans lequel Maurice Martin relata ses deux expéditions, titre salué en préface par J.-H. Rosny : « Joli ce nom, et si juste pour qui a vu déferler 1'Atlantique sur les plages, se liserer d'argent les grandes eaux lumineuses ». Dans le premier chapitre, Maurice Martin justifiait le choix de cette appellation : « Parce que la vague éternelle vient déposer sa frange argentée au pied des dunes immaculées. Parce que 1'Atlantique fait sans cesse jaillir comme une blanche et colossale étincelle de son contact avec le vieux monde. Parce qu'enfin il faut un mot image pour mieux fixer 1'attention du touriste ». La bataille de la Côte d'Argent ne faisait que commencer! Paul Mieille, journaliste à Pyrénées-Océan, écrit : « Vive la Côte d'Argent » (22 juillet 1906). Il loue la beauté des sites depuis les rochers jumeaux d'Hendaye jusqu'aux grandes plages blondes d'Arcachon. Il compare la Côte d'Argent, la méconnue, à la célébrissime Côte d'Azur. Protestation du capitaine Rayssé qui propose plutôt : Côte d'Emeraude. Erreur ! rétorque Paul Mieille le 5 août : « Il faut frapper 1'imagination toujours simpliste des foules par un vocable sonore, énergique. D'ailleurs, Côte d'Emeraude, c'est la côte de la verte Erin ». « Vive la Côte d'Emeraude », insiste Rayssé. Charles du Pouey, de La Gazette de Cauterets, publie un poème : Faut-il l'appeler Côte verte ? Ou bien dire Côte d'Argent ? Grave conflit qui déconcerte, Problème ardu, décourageant. Entre les deux mon cœur balance ; Changeant comme caméléon, Pour Mielle si je brise lance Je crains l'ire d'Henry Léon. Henry Léon est le directeur de La Gazette de Biarritz, président de « Biarritz-Association » et opposé à 1'appellation Côte d'Argent. Le poète conclut : Pour clore ce gros casse-tête Veuillez le soumettre au Congrès. Avant de suggérer, en post-scriptum : « Côte argentée, Côte dorée ». Paul Mieille marque un point car Côte d'Argent est approuvé par Pierre Guiffard, journaliste de L'Auto-journal. Le 16 novembre E. Seitz propose : « et pourquoi pas Côte Martin? » ... (... Extrait de l'article de 4 pages ... Cahiers du Sud landais N°1). |
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