UN INSTITUTEUR À SOUSTONS AU DÉBUT DU XIXe SIÈCLE : progrès de l’enseignement et querelles scolaires par Alain Castaignos. L'École a toujours été un enjeu entre l'État et la Religion. Après que les projets ambitieux de la Révolution de1789 pour l'enseignement primaire furent abandonnés par Bonaparte, l'époque de la Restauration vit un regain d'intérêt pour cet enseignement, replacé sous le contrôle de l'Église. Une nouvelle impulsion fut donnée par les libéraux quand la révolution de 1830 porta Louis-Philippe au pouvoir. L'Église fut alors mise quelque peu de côté, mais elle finit par réagir dans les années 1840 afin de reconquérir cet enseignement. Un instituteur, Jean Lannes, qui enseigna à Soustons de 1821 à 1844, a traversé ces périodes, en a vécu les progrès et subi les tribulations. Sa petite histoire éclaire la grande histoire et est éclairée par elle. Progrès de la scolarisation De 1815 à 1843, le nombre d'enfants scolarisés progresse fortement. À Soustons, alors qu'aucune fille n'est scolarisée en 1821, on en trouve 20 en 1833, 47 en 1843. L’effectif des garçons passe de 15 en 1821 à 40 en 1833, 65 en 1843. Les instituteurs doivent s’adapter. Un instituteur à Soustons, Jean Lannes Jean Lannes arrive du Béarn en 1823 pour tenir le poste d'instituteur communal. Il a 22 ans. En 1822, il était encore étudiant en chirurgie à Pau. Il change d'orientation en 1823 et obtient son brevet d'instituteur. Les études de chirurgie étaient une formation comme une autre pour devenir instituteur et sans doute pas la plus mauvaise. La formation des instituteurs La formation des maîtres d'écoles au XVIIIe siècle et au début du XIXe n'était pas assurée de façon institutionnelle. Des auteurs rapportent que les futurs instituteurs se formaient, ou bien auprès de prêtres qui normalement étaient lettrés, ou bien ils pouvaient avoir reçu une instruction générale dans les collèges ; ils pouvaient aussi se former auprès de maîtres plus anciens. Ainsi Jean Lannes écrit au recteur en 1835, que, tout en enseignant à Soustons, il « [...] a formé deux instituteurs et instruit en ce moment trois jeunes gens qui veulent entrer dans la carrière, l'un d'eux va recevoir son diplôme. » Du fait de ces formations disparates, les capacités à enseigner étaient très inégales et souvent très insuffisantes. Les responsables nationaux de l'instruction publique, dès que cette fonction a existé, c'est-à-dire après la création de l'Université de France en 1806, eurent le souci de mettre en place des écoles de formation des maîtres. Fontanes, Grand-maître de l'Université de 1808 à 1815, fit décréter en 1808 que des classes normales d'instituteurs seraient créées. Cela n'eut pas d'effet immédiat car la première École normale fut créée à Strasbourg, seulement en 1811. Celle de Pau semble avoir existé dès 1818 . L’École normale de Dax ouvre en 1833. La création de l’école de Dax n'allait pas résoudre rapidement les problèmes rencontrés dans les Landes. En 1839, le directeur de l'école écrit au sujet des élèves de deuxième année :"...ils sont tous, à peu de choses près, d'une aptitude voisine de la médiocrité." (Extrait de l'article de 9 pages ... Cahiers du Sud landais N°1)
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