SUD LANDAIS




 L'ÉVACUATION DES ALSACIENS À SOUSTONS (1939-1940)Journées SADIPAC, à Soustons (27-28 septembre 2002)     par Jean Rinderknecht

 ... ...    Ayant ainsi évoqué le déroulement de ces rencontres, revenons brièvement sur leur contenu.

L'évacuation, petite sœur organisée de l'exode massif de 1940 qui lui succédera, est quasiment absente des travaux historiques, mais n'est-elle pas occultée partiellement par ceux mêmes qui l'ont vécue ? Sa réalité géographique est bien cernée : une bande de territoire proche des frontières de l'Est voit sa population transférée dans le Sud-Ouest ; ce déplacement, à longue distance, est connexe de la mobilisation : les mêmes rames de train servant au transport des soldats et à celui des réfugiés, dans les mêmes conditions, peu ou prou.

Aujourd'hui encore, statistiquement, elle est approximative. De surcroît, une impression de bricolage et d'improvisation prévaut dans les mémoires. Les peurs, héritées d'une guerre antérieure, des choix militaires craintifs parce qu'uniquement défensifs cachant mal des abandons, se sont additionnés et convertis en obsession sécuritaire, couverte par le secret militaire. Il en résultera de nombreux plans de mise à l'abri de l'administration, des ressources du pays, de la population. Révélatrice d'une paix mourante, l'évacuation, une fois déclenchée se continue, après une phase parfois errante, par un accueil où de réels efforts voisinent avec quelques flottements graves. Après un séjour, dont la réalité vécue échappe pour bonne part puisqu'elle est « propriété » d'individus, l'évacuation connaît son issue dans l'armistice de juin 1940 : les réfugiés rentreront dans leur Alsace ou Moselle, se précipitant, sans le savoir, sous la férule nazie, conséquence d'une annexion de fait, absente des textes signés.

Les échos de presse que réveilla M.Taillentou montrèrent la double réalité, d'une part des préjugés mutuels, focalisés autour du dialecte alsaco-mosellan aux rudes consonances et, de l'autre, une rencontre « forcée », voulue par les autorités sans l'avis des intéressés, qui, somme toute, s'est assez bien passée : il y eut rencontre de deux modes de vie et de deux cultures typées et différentes. Est-il possible de cerner, ultérieurement, les échanges et la compréhension nés d'une population huninguoise surtout ouvrière qui bouscula certainement le train-train paisible de Soustonnais vivant fort éloignés d'eux à tous égards ?

M.Lafourcade évoqua la visite des responsables de l'Eglise d'Alsace-Lorraine puis parla du travail de coordination voulue par Mgr Ruch, évêque de Strasbourg replié à Périgueux ; tâche dont il chargea les chanoines Ebert et Billing. Visitant ses ouailles et les réfugiés de quelques autres communes, le curé huninguois a été très actif, voyant aussi bien les élèves de l'Ecole Primaire Supérieure de Colmar, repliée à Capbreton, que les malades à l'hôpital de Soustons. Naissances, mariages et décès ont aussi été recensés : pour ce faire, M.Lafourcade a certainement dû frapper à maintes portes et s'adresser à maintes adresses postales.

Le statut scolaire alsacien, les préparatifs antérieurs à l'évacuation, le transport du matériel scolaire depuis Huningue ont abouti à la création d'une école alsacienne soustonnaise de quatre classes, école coupée de l'école laïque locale. L'enseignement de l'allemand, d'une part, et celui de la religion, de l'autre, dans le cadre scolaire, créait en effet un fonctionnement différent entre les deux écoles. M.Castaignos a trouvé aux archives de Mont-de-Marsan une liste qui recense environ la moitié des élèves de cette école, et il a également pu s'appuyer sur le témoignage de l'un des enseignants. Il a élargi le champ de ses recherches pour situer cette école alsacienne par rapport à d'autres du même type ; l'existence de 40 à 50 écoles évacuées, encadrées par 60 enseignants dont 46 institutrices, 36 étant des religieuses, est attestée. S'agit-il seulement de celles existant dans les Landes ou de celles venues du Haut-Rhin ? M.Castaignos signala une autre classe à Vieux-Boucau et, par une lettre (A.D.40) de R.Lasalle, l'existence d'une classe d'enfants huninguois à Duras, puis l'arrivée à Soustons de ses 150 réfugiés ... (Extrait de l'article de 4 pages ... Cahiers du Sud landais N°1).                                               



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