Un diable de curé …
Figure emblématique de la vie et de l'histoire capbretonnaises que celle de Jean-Baptiste Gabarra, resté 50 ans, de 1875 à 1925, à la tête de la paroisse Saint-Nicolas. Homme et prêtre au caractère bien trempé, « curé jusqu'à la moelle », les relations qu'il entretint avec ses paroissiens furent loin d'être un long fleuve tranquille, à une époque où l'anticléricalisme latent depuis la Révolution atteindra son paroxysme en 1905 avec la séparation des Églises et de l'État et les inventaires houleux qui s'ensuivirent. Comme précisément à Capbreton, où le jour fixé pour l'inventaire, Jean-Baptiste Gabarra refusa d'ouvrir la porte de son église. L'eût-il voulu qu'il ne l'aurait pas pu, n'ayant pas les clés et ne sachant pas même où elles se trouvaient… C'est avec une rudesse toute maritime qu'il administra le temporel comme le spirituel de sa cure car inculquer à ses paroissiens des habitudes religieuses se traduisit souvent chez lui par une certaine intransigeance. Telles, par exemple, ses positions extrêmes sur la lutte d'influence entre école laïque et école libre (école dont il fut, pour les filles, le fondateur). Par ailleurs, Jean-Baptiste Gabarra, ce Landais de l'intérieur né en 1842 à Pontonx-sur-l'Adour, s'était pris de passion pour la frange alors la plus humble et la plus pauvre de la population capbretonnaise, celle des marins et des pêcheurs, qu'il défendait bec et ongles auprès des autorités maritimes: « Ce diable de curé me donne plus de soucis que tous les marins de la rade de Rochefort ! » se serait un jour écrié le commandant de la base de cette ville . C'est sous son impulsion que « ses braves et chers marins » reformèrent en 1875 l'ancienne confrérie de Notre-Dame-de-Pitié et c'est pour eux qu'il écrivit En quittant le rivage , chant devenu célèbre sous le nom Les marins de Capbreton . Jean-Baptiste Gabarra sera également, de 1899 à 1924, président de la station de sauvetage Ce fut de plus un érudit, infatigable chercheur en archives et auteur de plusieurs ouvrages sur l'histoire de Pontonx et celle de Capbreton (L'ancien port de Capbreton, paru en 1897, sert toujours de référence aux historiens modernes). Et aussi, à sa manière, un curé « artiste » puisque c'est à lui que l'on doit une grande partie de la riche décoration intérieure de l'église: les œuvres picturales des frères Jules et Gaston Gélibert et de Claude Drouillard ainsi que les plaques commémoratives de la nef et du porche, gravées par le sculpteur Clément d'Astanières. L'abbé Gabarra est décédé à Capbreton qu'il considérait comme sa seconde patrie, âgé de 83 ans. Il est enseveli dans l'église dont il fut si longtemps le pasteur, tout près de celui avec qui il entretint pendant une vingtaine d'années de conflictuelles relations, Mgr Clément Soulé. Requiescant in pace…ad vitam aeternam ! En hommage de reconnaissance et de respect, une rue de Capbreton perpétue depuis lors le nom de Jean-Baptiste Gabarra.
Photo Ronald Fitte
Cinéma LE RIO le 29 novembre 2009 Conférence sur l'abbé Gabarra par M.C. Duviella
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