SUD LANDAIS




GEORGES BONNAMOUR, L'INCONNU DE CAPBRETON 

 

 

Bonnamour par Henri le Fauconnier

 

 

BONAMOUR, le nom d'un quartier, d'un pont, d'un des quais du port. A quoi rattacher ce patronyme, attribué, disait-on, à un poète qui habita la grande villa à l'entrée du pont ? Le dépouillement du journal La voix des pins, hebdomadaire qui fleurit à Capbreton en 1924, nous livra deux poèmes écrits par un Georges Bonnamour(avec deux n), rien de plus. Le secours d'internet et de patientes recherches nous ont permis de mieux cerner ce personnage qui vint en villégiature à Capbreton pendant presque trente ans. Ainsi avons-nous participé à la reconnaissance (au sens littéral du mot) d'un homme qui, sans être célèbre, compta tout de même en son temps, de la fin du XIXe siècle à la moitié du  XXe siècle.

 

Le patronyme Bonnamour est attesté depuis 1537. Une légende bretonne veut que ce nom vienne d'un enfant abandonné et recueilli dans le « Bois d'Amour », près de Pont-Aven, appellation qui aurait été déformée en Bon(n)amour. Le berceau de la famille se situe à Dommartin, dans l'Ain, à quelques kilomètres de Bourg-en-Bresse. La plus forte concentration du patronyme (1049 Bonnamour recensés de 1891 à 1990) se rencontre dans le Rhône, l'Ain, la Saône et Loire, l'Allier, la Côte d'Or, mais il est aussi présent dans 44 départements, dont la Gironde (8), le Lot et Garonne (2) et les Landes (1).

 

Pierre Gilbert Georges Bonnamour est né le 20 février 1866, encore que par coquetterie il se rajeunissait de deux ans, se disant né en 1868. La même année naissaient aussi Tristan Bernard et Victor Margueritte. Son père, Michel Bonnamour, 29 ans, est maître d'hôtel. Sa mère, Marianne née Enjol, rentière, est âgée de 34 ans. Le couple réside à Paris, dans le 9° arrondissement, au 17 de la rue Bleue, ainsi dénommée pour avoir abrité une fabrique d'indigo sous l'Empire. Sont témoins de l'acte de naissance : Jean Baptiste Troussot, domestique, résidant aussi au 17 rue Bleue et Pierre François Vidondeau (Bidondeau ?), rentier, porteur d'un patronyme aquitain. On peut supposer que les uns et les autres font partie de cette cohorte de provinciaux du XIXe siècle   « montés » à Paris pour y trouver du travail.

 

Le destin de Georges Bonnamour ne s'accomplira pas dans l'hôtellerie. Après des études secondaires (peut-être au lycée Lamartine, voisin) et, dira-t-il plus tard un passage aux Langues orientales, il se destinera à la littérature, la poésie et le journalisme, se déclarant selon les cas homme de lettres ou publiciste. Parallèlement il recevra une formation esthétique auprès de Victor Viollet le Duc, neveu du célèbre architecte, fils  d'Adolphe Etienne Viollet le Duc, paysagiste. Plus tard, ayant déménagé à Neuilly, d'abord au 27 rue de l'Hôtel de ville, puis au 10 de la rue de l'Ecole de mars, il deviendra l'élève de Gaston Gélibert, un peintre animalier installé à Chatillon. Le choix de ce professeur déterminera probablement l'implantation de Bonnamour à Capbreton, village où Gélibert se retirera vers 1902.

Il est amusant de constater que l'immeuble ou naquit Georges Bonnamour    sera illustré en l'an 2000 par un film  français de Chad Chenouga  17 rue Bleue. En faisant abstraction du scénario du film, nous avons un aperçu du cadre de vie de Georges Bonnamour, la porte monumentale de l'immeuble, le long porche franchi en rentrant de l'école, les escaliers qu'il gravit et la cour intérieure où il joua enfant.

 

Que savons-nous de la personnalité et du caractère de Bonnamour ? A défaut d'une autobiographie, nous puisons des indices dans ses écrits, essentiellement ceux de la fin du XIXe siècle dans lesquels il consacra beaucoup de temps au journalisme.

Un homme assurément intelligent et cultivé, le prototype du bourgeois de la fin du siècle, illustré par Boni de Castellane ou Montesquiou. Une assurance, une morgue et une détermination, comme l'expriment tous les jeunes de vingt ans, en 1886 comme de nos

jours. A 24 ans Bonnamour écrit :

 A l'âge où je suis, je pourrais encore jouir pendant des années du privilège qu'ont les jeunes de s'en tenir toujours aux « brillantes promesses » que jamais, hélas ! ils ne réaliseront. Je laisse à d'autres cette attitude et je songe avec mélancolie à tous ceux que la vieillesse guette et qui sortiront de la salle du banquet où ils pérorent d'un si frénétique accent sans rien laisser d'eux, sur la table, qu'un cigare éteint et un rond de serviette.

 

Le mari de Colette, Willy, observe que :

Georges Bonnamour dirige avec vigueur et persévérance la Revue indépendante. Il y rabroue l'outrecuidance de certains symbolistes improductifs, fouaille leurs pirouettes, dénonce la stupidité de leurs métaphores.

 

Bonnamour revendique la liberté d'expression, justifie son orgueil :

Nous traversons une crise de pudeur, d'honnêteté soudaine et de vertu féroce. Froidement, lentement, solennellement, à coups précis, calculés, mécaniques, d'arrêts de jugements et d'amendes, on étrangle la liberté … J'estime que c'est un droit pour un écrivain d'outrager dans ses livres, autant qu'il lui plaît et comme il lui plaît, des idées, des théories, des dogmes auxquels il ne croit pas.

 

Il est vrai qu'il est passé en correctionnelle en 1892 pour outrage aux mœurs, en raison de la hardiesse de ses écrits, au nom de la loi de 1882 censurant la presse. La condamnation (50F d'amende, amnistie en 1900) lui sera reprochée lors des élections législatives de 1902. La menace judiciaire ne le désarme pas :

L'évangile enseigne le renoncement et l'humilité. La morale préconisée par M. Rosny enseigne au contraire que le devoir est de s'élever toujours, le  bien n'est pas le sacrifice, l'abnégation, mais la lutte, la force, l'intelligence, que, le génie et l'orgueil, l'ambition elle-même, tous ces nobles épanouissements de la vitalité cérébrale, ont droit à l'existence, à la conquête, au règne. Cette morale répudie la parole du Christ « Vous n'entrerez dans le royaume des cieux que si vous devenez semblable à ce petit enfant ». Elle s'appuie sur la science et elle vient dire : Non il ne faut pas tendre la joue gauche lorsqu'on a été frappé sur la droite, non il ne faut pas, lorsqu'on a la joie précieuse d'être né avec de hautes facultés, se condamner à devenir Moujick. Voilà posées d'une façon bien nette, les bases d'un mouvement philosophique auquel se rallieront toutes les intelligences.

 

Le livre de Jean Noël Jeanneney sur le duel ne cite pas notre personnage, mais il ne serait pas surprenant que le bouillant publiciste ait un jour utilisé cette manière, alors à la mode, pour laver un point d'honneur. Plus tard, Bonnamour mettra son énergie dans des écrits politiques. Il sera en 1892 de la polémique pour l'érection d'une statue sur la tombe de Baudelaire, contre Louis Pilate de Brinn'Gaubast accusé d'avoir volé à Daudet le manuscrit des Lettres de mon moulin, se mêle de l'affaire Caillaux-Calmette et est condamné par laurent Tailhade en 1902 à 200F + 700F de dommages et intérêts pour ses publications dans « le Drapeau » de Barrès.

 

Un fort tempérament donc, mais avait-il des sentiments religieux ? Il signe son premier recueil de poèmes La syrinx en 1886 « le vendredi après les cendres, jour de la Sainte Couronne d'épines de N.S.J.C. au couvent de SS d'A ». Il écrira en 1910  Les trois poteaux de Satory pour raconter l'exécution de Serizier, Boudin et Boin, auteurs du massacre des Dominicains à Arcueil pendant la Commune. Mais antérieurement il faisait appel aux intelligences que rebute le mysticisme abêtissant des Orientaux, tous ceux dont la noblesse d'âme repousse l'enfantine conception égoïste d'un au-delà où les justes seront récompensés, tous ceux qui, ayant au cœur la Religion de l'humanité, se voueront à l'honneur de préparer son avènement.

 

Que sait-on de l'homme intime ? 

Dans Le songe d'une nuit d'hiver  poème publié en 1890 Bonnamour écrit :        

Du scepticisme : Eh ! Quoi  nier ? croire ? affirmer 

A ces bons vieux mots là vous préférez : aimer

Votre amour de peur d'être hypocrite est cynique

Et cet enfant gourmand et gâté fait la nique

Aux bégueules, au can't anglais, aux puritains

Il a le verbe clair et les yeux libertins

Et c'est un virtuose en volupté savante

Mais au lieu de cacher ses vices, il s'en vante

 

Cet ouvrage a été co-écrit avec Gaston Moreilhon, sous le pseudonyme de Gaston et Jules Couturat. Le perfide Willy insinue :

 Tantôt il associe sa virilité à la féconde nubilité de Gaston Moreilhon et,  pour ce prolifique baiser, ces deux fervents époux, délaissant leur état-civil réciproque, entrent en ménage sous la raison sociale « Gaston et Jules Couturat ». Ce nom expressif de Couturat, autant que l'unité de conception et d'écriture des œuvres élaborées, indique l'intimité indestructible de cette suture. Quand ils célèbreront leurs noces d'or, de quelle légion d'enfants ils seront entourés.

 

Bonnamour confesse dans un éditorial :

Ce charmant Gaston Moreilhon un peu trop près de moi pour que j'en puisse parler avec le désintéressement qui convient.

 

Plus troublant, ce passage du Songe :

Puisque le temps sur elle a mis son hideux sceau

Puisqu'il n'est pas d'amante éternellement bell

Contre la loi d'impureté je me rebelle

Je porte dans mon cœur l'amer dégoût de la

Femme, et je n'ai plus soif de ses baisers. Voilà !

 

Est-ce un aveu d'homosexualité, tendance bourgeoise très à la mode à la fin du XIXe siècle ? On rétorquera que Bonnamour s'est marié à 42 ans en 1908 avec une dame de 33 ans, mais cela ne prouve rien. Nous n'aurons aucune chance d'approfondir le sujet, sans grand intérêt d'ailleurs dans la vie de Bonnamour.

 

Mais alors ? ce poème dédié par Verlaine en 1890 ? Henri Troyat estime que l'ouvrage Dédicaces dont il est extrait est d'un intérêt mineur, ensemble de sonnets en hommage à tous les amis, qu'ils soient rimeurs, romanciers, peintres, journalistes ou médecins dont Verlaine a eu à se louer. Le poète est malade, sans le sou, au point que Maurice Barrès en 1894 forme un comité de 15 personnes qui lui verseront une rente mensuelle. Bonnamour doit être de ces quinze et Verlaine le remercia d'un sonnet :

Puis il fallut manger et boire. Comment faire ?

Mais vous vous trouviez là qui me tendiez mon verre

Et découpiez ma chère et me teniez le front.

 

Il ne faut voir dans ce rapport là qu'altruisme et compassion.

 

Où en est la littérature à l'avènement de Georges Bonnamour ? Classicisme et rationalisme ont laissé la place au début du XIXe siècle au romantisme de Lamartine, Vigny, Hugo. Mais voici qu'en 1866 le mouvement du Parnasse, initié par José Maria de Heredia, veut, par réaction, rendre un culte à la beauté impassible, rechercher l'art pour l'art, faire preuve de recherches érudites. En réaction de ce mouvement, en 1886 Jean Moréas lance le symbolisme dans lequel les idées sont plus suggérées qu'affirmées, tout en réclamant un assouplissement des vers et de la rime. Parallèlement, le naturalisme

d'Emile Zola préfère dépeindre la nature et ses réalités plutôt que de la rêver. Dans la foulée, s'appuyant sur les progrès de la science, voici le réalisme scientifique, avec à sa tête Rosny.

Au moment de l'affaire Dreyfus, il publiera  La déposition de M. Bertillon devant la cour de cassation, Le procès Dreyfus, étude sur le bordereau, Le procès Zola, impressions d'audience. Il publie en 1899 une conférence sur La mission Marchand.

 

A la fin de l'affaire Dreyfus, en 1899, Bonnamour se situe à 33 ans dans un paysage littéraire copieusement chargé. Sont trentenaires comme lui André Gide, Paul Claudel, Francis Jammes, Edmond Rostand, Jules Renard, Georges Feydeau, Maurice Maeterlink, Saint Pol Roux, Paul Margueritte. Chez les quadragénaires, citons Rosny jeune, Rémy de Gourmont, Albert Samain, Georges Courteline, Jean Moréas, Emile Verhaeren, Sigmund Freud, Laurent Tailhade, Oscar Wilde, Paul Bourget, Pierre Loti. Octave Mirbeau, Anatole France, François Coppée, José Maria de Heredia, Emile Zola sont déjà quinquagénaires, tandis que Jules Verne affiche 71 ans. Des talents se dévoilent chez les moins de 20 ans : Roger Martin du Gard, Georges Appolinaire.

Entre 20 et30 ans : Anna de Noailles, Léon Paul Fargue, Max Jacob, Paul Eluard, Jérôme Tharaud, Charles Péguy, Alfred Jarry, Colette, Paul Léautaud, Marcel Proust, Paul Valéry, Pierre Louys, Henri Bordeaux. Comme on le voit, la concurrence est dure lorsque Georges Bonnamour décide à son tour de devenir homme de lettres et la postérité choisira les survivants. La détermination de Bonnamour lui permettra cependant d'exercer cette profession pendant 60 ans, avec des poésies, des romans, des écrits politiques, des éditoriaux et des critiques littéraires.

  

 

 

 

Le poète Georges Bonnamour écrit :

Il est des musiques de mots douces comme des caresses, des sursauts de phrases vifs et légers, qui semblent des jeux de brise, des caprices d'eau libre. Parfois c'est aussi d'une mollesse languide. La phrase coule alors d'une belle allure lente, avec des câlineries charmantes, des paresses heureuses.

 

Ses poésies en alexandrins sont parfois pleines de préciosités parnassiennes. Il écrit :

 le matin vernal, un orbe prodigieux, le pourchas d'amour, le blanchoiement de la chair, les bleus pourpris, la sensibilité nous poigne.

 

Il parle d'un rivulet d'esprit, du flot qui clangore (fait le bruit du cœur), d'un essieu qui garrule, voire de nuances de couleurs inspirées du réalisme scientifique : l'argent fondu dans l'hyacinthe (zircon rouge orangé), les roses de béryl (pierre de couleur variable), les feux de cinabre (sulfure rouge brun).

 

Quand il cède au symbolisme, cela donne ces vers extraits du Songe d'une nuit d'hiver :

Mon sang brûlait comme un ferment subtil

Les désirs du pollen flottaient sur le pistil.

 

Sa production poétique va de La syrinx (1886) à  La boîte à Pandore  en 1947, début et fin d'une carrière littéraire (après un ultime livre Des années maudites 1848-1866  1870-1871 publié en 1953), en passant par Le songe d'une nuit d'hiver (1890), prolongement du  Songe d'une nuit d'été    de Mendelssohn  (1828), un cycle conclu par Gabrièle d'Annunzio en 1897, écrivant Songe d'une matinée de printemps et  Songe d'un soir d'automne . Puis en 1936 Au fil du temps suivi de Trois poèmes en 1938. Bonnamour figure dans un index biographique, cité par le poète autrichien Hugo von Hofmannsthal, librettiste de Richard  Strauss qui mettra en musique son Chevalier à la rose.

 

Premier roman recensé en 1890 Fanny Bora, refusé dans les bibliothèques des gares alimentées par Hachette. L'ouvrage recevra une publicité inattendue sous la forme d'une intervention à la Chambre des députés de Maurice Barrès le 23 octobre 1890 :

Ah ! la pudeur de la maison Hachette ! Elle hésite, chancelle devant un gros bénéfice, et finalement ouvre ses bibliothèques à deux battants, comme une vertu légère ouvre ses bras (rires). C'est le raisonnement que je tenais à M. Bonnamour, qui est l'occasion de ce débat (sourires). M. Bonnamour dont le nom vous est si évidemment sympathique, est surtout un talent fort sympathique, très distingué quoique peu connu. Son premier volume a été repoussé par la maison Hachette comme choquant les mœurs. Je vous assure, messieurs, que j'ai tout autant de répugnance qu'aucun parmi vous pour ce qui peut rentrer sous l'étiquette de pornographique, et je ne serais certainement pas l'homme d'une démarche qui semblerait vouloir excuser une façon de spéculation qui n'est pas de la littérature. Mais le volume de M. Bonnamour n'a de léger que ce qui peut ajouter un peu de grâce à sa littérature. Je lui disais : Ne vous inquiétez pas trop ; la maison Hachette vous repousse maintenant, mais quand vous vendrez –ce qui arrivera sûrement- à 30000 exemplaires, comme M. de Maupassant et autres beaux talents, c'est la maison Hachette elle-même qui viendra à vous.

 

Réponse du ministre Yves Guyot, lui-même auteur :

L'honorable M. Barrès a parlé de l'interdiction d'un volume publié par un de ses amis M. Bonamour (avec 1 seul n). Il a dit que, quand M. Bonamour aurait de grands succès, la maison Hachette vendrait son livre ; mais l'interdiction de vente dans les gares n'empêche pas les grands succès. Les premiers romans de M. Zola n'ont pas été vendus dans les gares, cela n'a pas arrêté leur vogue.

 

 

L'intervention de Barrès n'empêchera pas un procès pour outrage aux mœurs en 1892.

 

Toujours en 1890 Bonnamour publie Représailles à propos duquel Willy note :

Le style a cette lucidité coulante, cette fermeté sans tarabiscotages. Les épithètes ne sont pas trop lointaines, les images pas trop cherchées. Peut-être pourrait-on reprocher à l'auteur quelques abus de doubles qualificatifs réunis par la conjonction « et », au risque d'alourdir un peu la phrase, griefs bien minimes qui ne sauraient pâlir le vif éclat de ce livre, nouveau par ses tendances et par sa forme.

 

En 1891 publication, sous le pseudonyme de G. et J. Couturat Le naufrage, suivi de Trois femmes (1893),  Trois hommes (1894) , Le trimardeur, La misère humaine  (1895)  La gloire (1898)  Marie et Marthe (1903, inversion du Marta y Maria de Palacio Valdès, publié en 1903 dans le journal « l'Abeille de la Nouvelle Orléans),   Le vent emporte la poussière (1904),   Vers l'autre (1905),   L'heure de Dieu (1906), Gabriel Syveton (1907), Les trois poteaux de Satory(1910), L'enquête sur l'antimilitarisme, Duruskam, est-ce un crime (1911),  La splendeur des choses (1912), L'apaisement, les services français d'un homme d'état (1913), Le but de la guerre (1917), Le rapprochement franco-allemand (1927) La cendre des jours (1935), Jules Belleudy, l'homme, l'écrivain (1939). Quatre ouvrages non datés : La mauvaise aubaine, La fin de Promethée, Diane ou la double vengeance, La prisonnière.

 

Ces œuvres sont tombées dans les oubliettes de la littérature comme nombre d'ouvrages publiés à la fin du XIXe siècle et au début du XXe. On remarque que, suivant les publications, Bonnamour signe George(s), avec ou sans s, peut être en référence à George Sand ou à son beau père.

 

Le journaliste collabore à des revues et des journaux dont il deviendra pour certains rédacteur en chef. En 1888 il est rédacteur fondateur des premiers numéros de La petite revue de littérature et d'art. Il est co-fondateur avec Léon Deschamps de La plume en 1889 dont il devient secrétaire de rédaction. La même année il est rédacteur des Annales gauloises. Le voici rédacteur en 1890 de La revue indépendante dont il deviendra rédacteur en chef  de 1895 à 1898, écrivant de longs éditoriaux et des critiques littéraires. Il provoque en 1893 la démission des rédacteurs Pelletier, Beaubourg et Mauclair, dont il avait censuré un article louant le poète Saint Pol Roux, collaborateur de La revue blanche et surtout dreyfusard convaincu.

 

Directeur administrateur de la revue « La lanterne japonaise » il sera chargé en 1894 d'une mission artistique au Japon par le Ministre de l'Instruction et des Beaux Arts. En 1897 il publie dans la Revue de Champagne « Sedan, souvenir du 1er septembre », et en 1911 aux éditions « la Renaissance française «  Enquête sur l'apprentissage ».

 

Bonnamour donne 7 poèmes à La revue hebdomadaire  de 1894 à 1901. Il sera rédacteur du journal L'éclair, rappelant qu'en 1905 :

Lorsque l'Entente cordiale fut officiellement scellée par la visite à Porsmouth d'une escadre française commandée par l'amiral Caillard, j'étais du nombre des quatre journalistes français ( Rousseau du Temps, Jules Huret du Figaro, Babin de l'Illustration, et moi-même pour L'éclair) à participer à toutes les réceptions qui, après les démonstrations navales, furent offertes à nos marins par le roi Edouard VII, l'Amirauté et la Cité de Londres.  

 

De 1919 à 1923 il sera rédacteur en chef de ce journal. Il écrivait aussi sous les pseudonymes de Georges Bec, André Blondel, Jules Couturat. Malgré sa mésentente avec Judet, il collabora longuement à L'écho de Paris,

Occasionnellement au  Drapeau de Paul Déroulède avec qui il entretint des rapports fluctuants. Ainsi l'attaqua-t-il durement dans L'écho en 1896 avant de se réconcilier avec lui à la faveur de l'affaire Dreyfus. Il lui écrivit alors : Je goûte pour la première fois de ma vie la joie de me dévouer à un grand honnête homme.

Après le putsch manqué de Déroulède et son exil à Saint Sébastien, Bonnamour devint son journaliste favori, écrivant Les entretiens avec Paul Déroulède. En 1901 quand Urbain Gohier exhuma l'article de 1896, Bonnamour répliqua vigoureusement dans Le drapeau.

 

Par ailleurs, dans l'article qui lui est réservé en 1934 dans Ceux dont on parle, Bonnamour dit qu'il a travaillé à La cocarde de Maurice Barrès et au  Figaro. Il avait dirigé le journal électoral de Barrès  Le nouveau journal de Neuilly à l'occasion des élections de 1893. Il avait sollicité Edouard Drumont pour obtenir de la publicité dans La libre parole. Curieusement nous ne trouvons pas trace d'une collaboration dans  L'action française, bien que Bonnamour ait été secrétaire général de La ligue de la  patrie française en 1908.

 

En 1924, en résidence à Capbreton, Bonnamour donnera deux poèmes à La voix des pins.

Il aurait écrit dans Je suis partout de Robert Brasillach entre 1941 et 1944.

Bertrand Joly, historien du nationalisme porte sur lui le jugement suivant : Georges Bonnamour a produit une œuvre littéraire abondante aujourd'hui totalement oubliée. Cet homme sincère mais sans doute assez peu intelligent avait besoin d'une cause à servir et d'un chef à suivre.

 

Le journaliste Bonnamour se retrouve comme censeur, attaché volontaire au cabinet du ministre de la guerre (le général Galliéni du ministère Briand) de 1915 à 1916, en compagnie de Victor Margueritte. Armand Charpentier, ancien vice-président du parti radical, accueille ce dernier en disant : Vous tombez mal car ici aussi la réaction règne en maîtresse.

Au moment de mettre sous presse, l'épreuve complète du journal ou morasse est envoyée à la censure. Par téléphone les censeurs indiquent l'article, la phrase, le passage à supprimer. Les journaux ayant déjà cliché, il est trop tard pour recommencer la mise en page. Un ouvrier gratte alors les clichés avec un outil spécial l'échoppe (d'où le terme échopper). Il ne faut évoquer ni les accidents d'avion, ni le ravitaillement en blé et farines de Paris, ni celui des pays envahis, les femmes violées par les Allemands, les renseignements météorologiques. L'extrême platitude des informations concernant le front et le bourrage de crâne font carrière.

 

Après un séjour sur la Riviéra en février/mars 1930, Bonnamour écrira en 1931 un poème A la gloire de Nice. C'est aussi là-bas qu'il concevra  Julles Belleudy, l'homme, l'écrivain  (1939) en hommage au défenseur du 15° corps d'armée pendant la grande guerre. En 1932 il publie Le songe de Shakespeare, sujet à la mode puisque son voisin Mathias Morhardt a écrit de 1928 à 1936 plusieurs études sur le dramaturge anglais, ainsi que Léon Daudet.

 

Comment Bonnamour juge-t-il les écrivains de son temps ?

Le critique a parfois la dent dure pour ses collègues, d'autant plus si ceux-ci affichent des divergences politiques envers lui. Il écrit dans  Le songe d'une nuit d'hiver :

C'était l'heure où s'ouvrant comme un ventre

L'Odéon boréal vomissait de son antre

Parmi le torrent noir des Philistins, le tas

Sacerdotal des Gueux des lettres : potentats

Du journal, écumeurs de la scène, ou critiques

Carnassiers, comptenteurs des auteurs dramatiques :

Sarcey, crevant de gloire, obèse et marmiteux,

L'échevelé Lapommeraye, et le piteux

Fouqier, cet usurier de la littérature !

Ganderax, impeccable et froid de sa nature,

France qui tous les jours évoque l'Institut,

Et ce croquemitaine affaibli de Vitu !

Et Prudhomme-Derosne et Demaître ce cuistre,

Et toutes les chienlits à figure sinistre

Ayant pour encre l'eau du bidet d'une catin .

 

Ne croirait-on pas entendre les fulminations de Cyrano ?

Il affirme ses convictions :

Nous croyons et nous espérons qu'un mouvement littéraire et philosophique tout pareil à celui que provoquèrent au siècle dernier les Encyclopédistes, se prépare, et nous avons l'ambition d'y participer.

 

Il n'a aucun complexe pour juger les auteurs reconnus :

Hugo grandit dans son rêve étoilé et, géant de baudruche éperdument gonflé ……. M. Zola, qui eut naguère une autre attitude plus fière et plus noble, a eu le tort de changer d'avis……. Lorsqu'on a, comme M. Loti, proclamé à tous les échos l'ignorance où l'on est, de par sa volonté, du mouvement intellectuel contemporain, on perd à tout jamais le droit de le juger…….  Après Tartarin et les échecs mérités, il nous semblait que l'heure venait de sonner pour M. Daudet où se recueillir est le grand devoir,ne pas donner aux générations qui se lèvent le spectacle à la fois lamentable et piteux d'une intelligence qui décline, s'épuisant à revivre en des œuvres veules où rien ne survit de ce qui fut, un jour, l'excuse du succès, je veux dire le talent.

 

Par contre il apprécie d'autres auteurs : M. Jules Renard est un exquis notateur d'attitudes fugaces  et parle ainsi du Vamireh de Rosny : J'éprouve à saluer ici cette nouvelle œuvre du plus original romancier de la génération montante, un poète qui est en même temps un savant.

 

Dans ses écrits politiques, le publiciste Bonnamour apparaît comme un nationaliste. Comment définir ce mouvement multiforme, présent en France depuis la Révolution jusqu'à nos jours ?

C'est un attachement exclusif à la nation, identité historique, culturelle, linguistique et religieuse, prévalant sur l'individu. Cette patrie doit être régentée par un pouvoir fort, monarque ou empereur. Primauté de la puissance nationale sur les rapports internationaux. Doctrine mise à mal par l'instauration de la République (la gueuse), formée de représentants élus (démocratie), qui donne la primauté aux individus. Le nationalisme, rassemblant les bourboniens, orléanistes et bonapartistes, englobe les anti-républicains de principe (opposés aux radicaux et socialistes), ceux qui défendent la religion catholique, l'armée, et luttent contre l'influence des protestants, juifs, métèques et francs-maçons, considérés comme ennemis de l'intérieur. Sur le plan des cultures et langues régionales, le nationalisme est en contradiction entre l'unité nationale (centralisme et langue unique) et la conservation des valeurs ancestrales.

Sur le plan extérieur, les nationalistes sont en phase avec les gouvernements monarchiques, s'opposent à l'Allemagne (ennemie héréditaire), à la Russie communiste qui a banni la religion, mais aussi à l'Angleterre à la suite d'une longue succession de griefs.

L'affaire Dreyfus (1894-1899) a exacerbé le nationalisme. Dans l'entre deux guerres fleuriront l'antisémitisme, l'anticléricalisme, l'antimilitarisme, l'antimaçonnisme, l'antiparlementarisme. Une partie du nationalisme est devenue favorable au fascisme allemand et italien, ces pays véhiculant l'idée de nations fortes dirigées par un grand chef. 

On a parfois assimilé les nationalistes aux anarchistes, ennemis radicaux de toute hiérarchie, prônant la spontanéité des masses. Les deux mouvements se sont parfois côtoyé, les uns essayant de convaincre les autres.

Il y a des filiations et des chevauchements dans l'histoire du nationalisme, d'Henri de Rochefort à Marcel Déat, en passant par le général Boulanger, Maurice Barrès, Paul Déroulède, Edouard Drumont, Jules Guérin, Charles Maurras, Léon Daudet, le colonel de la Rocque, Pierre Gaxotte, Henri Béraud, Jacques Doriot, Eugène Deloncle, Drieu la Rochelle, Robert brasillach. 

 

 

 

 

Georges Bonnamour est un inconditionnel de Maurice Barrès à qui il adressa 101 lettres de 1890 à 1923. Ce romancier et homme politique vosgien devint député de  Nancy en 1889, puis de Paris de 1906 à sa mort en 1923. Il a défendu Bonnamour à la Chambre des députés et l'a présenté au Grenier d'Auteuil, chez les Goncourt, aux frères Rosny et Margueritte en 1894. Son ami Bonnamour lui dédia en 1924 un poème mélancolique Aux arbres :

Vous serez mes amis des dernières années

De ces jours dont le poids, fatal et meurtrier,

Etouffe un cœur rempli d'illusions fanées

Qui ne sait plus souffrir et ne peut plus crier….

Et je ne serai plus, homme désenchanté,

Qu'un vieillard impotent que tout irrite et blesse.

Beaux arbres, rendez-moi l'amour que j'eus pour vous

Parez mes derniers jours de votre éclat si doux,

Enivrez-moi de paix, et faites que je sente

Mon cœur s'éteindre au bruit d'une forêt qui chante.

 

La troisième république est une période agitée, pleine d'affaires retentissantes à la fin du XIXe siècle : le scandale des décorations impliquant Wilson, gendre du président Grévy en 1886, le scandale de Panama en 1892 et surtout l'affaire Dreyfus de 1894 à 1899. La France se partage en deux camps : dreyfusards et anti-dreyfusards. Les intellectuels suivent ce clivage.

Parmi les dreyfusards on trouve Emile Zola, André Gide, Marcel Proust, Léon Blum (alors critique théâtral), François Mauriac, Georges Clemenceau, Jean Jaurès, Anatole France, Jules Renard, Octave Mirbeau, Laurent Tailhade, Georges Courteline, Alexandre Dumas fils, Paul Léautaud, Anna de Noailles, Ludovic Trarieux, Emile Durkheim, Charles Péguy et Mathias Morhardt, secrétaire de la Ligue des droits de l'Homme qui va bientôt s'installer à Capbreton.

Chez les anti-dreyfusards figurent Maurice Barrès, Charles Dumont, Henri de Rochefort, Paul Déroulède, Charles Maurras, François Coppée, Willy, Alphonse Daudet, Guy de Maupassant, Ernest Renan, Pierre Loti, Paul Valery, Pierre Louys, Jose Maria de Heredia, Paul Bourget, Léon Daudet, Jules Verne et Georges Bonnamour. Les frères Rosny et Margueritte ne prennent parti pour aucun camp.

 

A la fin de l'affaire, Bonnamour figure parmi les trentenaires du nationalisme, en compagnie de Barrès, Léon Daudet, Charles Maurras. Les vieux leaders Paul Déroulède, Edmond Drumont, sont quinquagénaires. L'étoile de Charles Maurras finira par s'imposer, mais il semble que Bonnamour ait mis quelque distance avec le mouvement La patrie française. François Coppée lui dédie amicalement son livre  Contes pour les jours de fête en 1902, hommage d'écrivain à écrivain ou du président d'honneur de La patrie française au secrétaire du mouvement.

 

Bonnamour a publié à la fin de l'affaire Dreyfus trois ouvrages anti-dreyfusards : La déposition de M. Bertillon devant la Cour de cassation ; Trois études sur le bordereau ; Les impressions d'audience au procès Zola mais sans la virulence antisémite de Charles Drumont. Moins royaliste que Charles Maurras, il s'attaque surtout à la démocratie parlementaire, fustigeant  ce tas d'omnipotents pontifes qu'on appelle les députés.

Son obsession est la liberté :

Ou il y a une liberté de conscience, une liberté d'examen, une liberté de discussion, ou les révolutions ne sont qu'un mensonge, un mensonge aussi les déclamations des politiciens que nous subissons et qui nous gouvernent……. Liberté, liberté chérie ! l'ai-je entendu, tout petit enfant, ce refrain planant sur les murmures des foules ivres, par les soirs d'émeutes à la fin de l'Empire ! et depuis, dans les assemblées politiques où j'allai, spectateur ironique et dégoûté, m'instruire du néant de nos hommes d'Etat, que de fois j'ai souri de leur ivresse à clamer ces mots….. Le pouvoir et la loi sont des institutions périssables que le vent des révolutions balaie avec une sérénité vengeresse.

C'est un discours à la limite de l'anarchie.

 

Bonnamour rendra hommage à Barrès en écrivant un roman d'après une pièce du député, écrite en 1894 et jamais jouée publiquement : Une journée parlementaire. Il règlera ses comptes avec les francs-maçons en 1907 en publiant Gabriel Syveton, défendant un député nationaliste retrouvé suicidé après avoir souffleté le ministre de la guerre accusé d'avoir sélectionné des officiers d'après un fichier d'origine maçonnique.

Il écrira aussi un roman d'inspiration naturaliste anarchisant Le trimardeur en 1895 et, un an avant le retentissant discours de Jaurès (1897) La misère humaine. Dans Duruskam, est-ce un crime ? en 1911 il évoque ce personnage qui écrivit sur la justice et les magistrats.

 

Georges Bonnamour est une seule fois tenté par l'expérience parlementaire, se présentant les 27 avril et11 mai 1902, sous l'étiquette Républicain, aux élections législatives à Saint Claude dans le Jura. Il fait acte de candidature contre le député sortant, lui aussi Républicain, deux radicaux et un socialiste. Au 1° tour, sur 12710 voix, il obtient en seconde position 3720 suffrages, soit 29,27 %, derrière Emile Cère, député sortant qui l'emportera au second tour avec 7971 voix (Bonnamour 286).

 

En quel terme Bonnamour se trouve-t-il par rapport à la guerre ?

Il publie en 1911 Enquête sur l'antimilitarisme et, dès 1914, se retrouve administrateur de l'hôpital 214 de la Croix rouge à Bordeaux. Très tôt séduit par Aristide Briant, il écrit  en 1913  L'apaisement, les services français d'un homme d'Etat. Il se mettra au service du premier ministre en devenant censeur au ministère de la guerre en 1915 et des relations amicales s'établiront entre les deux hommes puisque Briant possèdera plusieurs tableaux peints par Bonnamour. En 1917 il publie Le but de la guerre, répondant aux questions posées depuis 1914 : pas de paix séparée par les alliés, possible annexion de la Rhénanie sans toucher à la Belgique et au Luxembourg.

 

A la fin des hostilités, Bonnamour est un quinquagénaire nationaliste. Sont apparus Jacques Doriot, Marcel Déat, Drieu la Rochelle, Eugène Deloncle, de la Rocque. A 56 ans Maurice Barrès fait figure d'ancêtre, ridiculisé en 1921 dans un faux procès organisé par le mouvement « Dada ». Il y est accusé de « crime contre la sûreté de l'esprit ».

 

Sur le plan littéraire arrivent sur la scène des moins de vingt ans : André Malraux, Saint Exupéry, Robert Desnos, et dans les moins de 30 ans Louis Aragon, Antonin Artaud, Henri de Montherland, Jean Giono, Marcel Pagnol, Céline. Dure concurrence d'autant que les étoiles de Mauriac, Apollinaire, Proust, Valéry, Gide, Rostand, Claudel, brillent de tout leur éclat.

 

Bonnamour, comme Briant, est partisan de la paix avec l'Allemagne, amorcée par les accords de Locarno en 1925 et Briant-Kellog en 1928. Entre les deux accords Bonnamour publie en 1927 Le rapprochement franco-allemand, au moment où Otto Abetz, le futur ambassadeur allemand à Paris, initie la même chose outre-Rhin.

Les sentiments de Bonnamour n'ont pas évolué vis-à-vis de l'Angleterre. Bien qu'ayant couvert pour L'éclair l'Entente cordiale en 1905 et ayant épousé une dame d'origine anglaise, ses sentiments restent très anglophobes. Il publie en 1899 le texte d'une conférence donnée à la Société d'horticulture  La mission Marchand dans lequel il relate la piteuse capitulation française devant les Anglais à Fachoda en 1898. Sa charge la plus sévère contre les Britanniques sera le pamphlet Le vrai visage de l'Angleterre montré par l'Histoire. Ce livre de 1941 est dédié à Monsieur le Maréchal Pétain qui, en défendant Verdun, puis en étouffant les mutineries et en prenant, aux heures les plus tragiques de notre histoire, la direction suprême de l'Etat, a sauvé la France de la ruine complète et de l'anarchie totale. La diatribe est sévère, de la Guerre de cent ans à Trafalgar, d'Azincourt à Mers-el-Kebir, il multiplie les griefs contre la perfide Albion. Cette attaque en règle d'un pays allié, cet hommage appuyé à Pétain, dans lequel il évoque :

quelques officiers français unis à quelques uns de nos politiciens les moins recommandables que le remords et la peur avaient poussé à émigrer, (qui) trouvaient non seulement une large hospitalité, mais encore un appui financier qui leur permettait de se dresser en adversaires du gouvernement régulier formé par le Maréchal Pétain, ou encore de puissantes colonnes au milieu desquelles se fourvoyaient des mercenaires embrigadés par de Gaulle et Catroux, deux traîtres avérés, déjà frappés de mort civile et qui ne peuvent même pas compter sur l'estime et la reconnaissance de ceux qu'ils servent à prix d'or

semble avoir échappé aux épurateurs de 1944 à 1946, en vertu de l'ordonnance du 26 juin 1944 qui punit les infractions commises au préjudice de l'une quelconque des nations alliées ou de la France. Avoir attaqué dans la presse l'Angleterre pouvait être suffisant pour se voir appliquer la peine de mort.

 

Sans doute sauvé par le tirage confidentiel de l'ouvrage, plus chanceux que Brasillach, Luchaire, Suarez, échappant à la justice sommaire à laquelle succombèrent Henriot et tant d'autres obscurs collaborateur, Bonnamour se semble pas avoir fait de prison ni faire partie en 1946 de la liste d'écrivains frappés d'indignité nationale, puisque cette année là il publie un de ses derniers ouvrages, des poèmes Rimes de guerre 1940-1944.

 

 

 

 

Dans la première décennie du XXe siècle, Bonnamour va faire de Capbreton sa résidence secondaire. Ce choix est sans doute guidé par son professeur de peinture Gaston Gélibert qui s'est rapproché de son frère Jules à Capbreton. Peut-être la région a-t-elle été évoquée au hasard de rencontres avec Paul Margueritte qui envisage de rejoindre Rosny jeune à Hossegor. Cet Hossegor touristique n'existe pas encore, mais les environs sont tout aussi plaisants, notamment cette plage du Bouret à Capbreton, déserte, et ses terrains environnants.

 

La quarantaine est là, Bonnamour y apparaît comme le prototype du bourgeois de l'époque, tel qu'il se fait peindre par Henri le Fauconnier en 1906.

Willy le croque en quelques mots :

Comme tous les directeurs passés de la Revue indépendante, il se plaque l'œil, sans trop d'efforts apparents, d'un carreau vissé sous l'arcade sourcilière. A l'encontre de la plupart des monoclistes, cet emblème du chic et de la nonchalance littéraire ne l'empêche pas de travailler.

 

C'est vrai que l'homme a de la prestance. Ne vient-il pas d'épouser à Neuilly le 22 décembre 1908 Georgina Mathilde Howe. Cette dernière est l'avant dernière d'une famille de huit enfants. Le père George Frédéric est ingénieur urbaniste, réalisateur de percements de boulevards à Bruxelles. La mère, sans profession, décèdera à 41 ans alors que Georgina n'avait que 4 ans. Madame Bonnamour décèdera à Neuilly peut être après 1954 . On ignore quand et où elle est inhumée.

 

Le 10 octobre 1910 Bonnamour achète un terrain de 5698 m²  à Jean Désiré Edouard Garcias, sur le site de la plage du Bouret. Il complètera son bien en achetant 10199 m² supplémentaires et 2909 m² au Barrat dans le quartier des vignes. Il met en chantier la villa ENE ETCHOLA (la cabane), imposante construction baptisée avec la même dérision que la villa d'une amie de Guy de Maupassant à Etretat, appelée LA BICOQUE. L'architecte n'a pas signé son œuvre qui n'est pas sans rappeler Arnaga d'Edmond Rostand à Cambo.

 

La cabane fut terminée en 1912 puisqu'elle figure sur une carte postale envoyée en juin 1913. Façade labourdine, entrée décorée de deux figures, Janus ou masques de théâtre.  Le couple Bonnamour y réside surtout l'été, ayant, sur demande à la mairie, confié la garde des propriétés à Jean Blanc dit Abel en 1912, remplacé en  1913 par Salvat Toulet. M. Bonnamour fait appel à du personnel communal ou à des pêcheurs pour consolider régulièrement la rive droite du Boudigau qui borde sa propriété. Plus tard, alimenté en électricité depuis la plage, il aura quelque souci avec le câble électrique régulièrement accroché par les bateaux de pêche qui rejoignent la cale Fanny. Nous savons par le journal  La voix des pins que le couple séjournait l'été 1924 en compagnie d'une belle-sœur Pauline et d'une invitée anglaise. Mlle Destribats se souvient de ces deux quinquagénaires distinguées et bien vêtues qui venaient régulièrement prendre des bains chauds dans l'établissement du pont Lajus et discutaient mariage. En effet, leur nièce Simone devait épouser vers 1925 Paul Deyris, le fils du député des Landes Pierre Deyris. Le couple divorcera en 1931 et Simone se remariera avec M. Saffores.

 

Quelles furent les fréquentations capbretonnaises du couple Bonnamour ?  Rosny ? d'Astanières ? Margueritte ? Gélibert ? aucune mention dans les écrits des uns et des autres. Morhardt ? Palacio Valdès ? autres sommets de ce triangle d'écrivains résidant à 500 m des autres. Palacio Valdès n'en dit mot mais Bonnamour fait partie du comité organisateur de la grande fête donnée par Capbreton en l'honneur du célèbre romancier espagnol le 17 août 1930.

 

Morhardt sait que Bonnamour est là, sur l'autre rive du Boudigau. Sans doute les adversaires à l'époque de l'affaire Dreyfus n'ont-ils pas spontanément sympathisé. En 1918, lorsqu'un neveu de Rosny et sa mère se suicident dans les dunes de Capbreton, Morhardt écrit à Maurice Leroy : Réussirons-nous à cacher ce drame tout à fait ? Il y a ici un Georges Bonnamour sur la délicatesse de qui on sait qu'il ne faut pas compter  montrant le degré d'inimitié entre les deux écrivains. Mais, le temps passant, les relations entre les deux hommes se normalisèrent dans les années trente. Le 15 mars 1930, écrivant dans le journal  Capbreton-Hossegor à propos du séjour de Bonnamour à Nice, Morhardt parle de « notre vieil ami Georges Bonnamour », ce dernier figurant peut-être sur une photo prise dans le parc de la Chaumière dans les années trente, devisant avec Morhardt et Jean Valdeyron. Morhardt signale également l'exposition des peintures de Bonnamour Salle Lefranc à Paris en 1931.

 

Bonnamour ne semble pas avoir fréquenté « Les amis du lac » à Hossegor, repaire de francs-maçons (Leroy, Eluère, Grunebaum-Ballin) trop à gauche à son goût. Il aura sans doute vécu comme une provocation cette « Fête des Faucons rouges », donnée au pied de sa villa le 23 août 1936, à moins qu'il n'ait déjà vendu  LA CABANE au docteur Vidouze et cessé de fréquenter Capbreton.

 

Dès 1930 le couple Bonnamour fréquente aussi la Côte d'Azur. L'écrivain figure dans un who's who avec photo et hagiographie par l'auteur. Bonnamour est sexagénaire et entend parler de nouveaux écrivains : Hervé Bazin, Jean Anouilh, Marcel Aymé, Jean Paul Sartre, André Malraux. Il est le plus âgé du cénacle nationaliste dans lequel viennent d'entrer Robert Brasillach et Lucien Rebatet. Il s'est dessaisi en 1922 d'une partie de ses terrains de Capbreton pour faire un lotissement qui deviendra Quartier Bonnamour. A la fin des années trente, la page capbretonnaise est tournée.

 

 

Après une vie, somme toute bien remplie, allant du second empire à la IVe république, Georges Bonnamour s'est éteint à Neuilly le 22 février 1954. Il est inhumé au Père Lachaise et sera rejoint en 1959 par sa belle-sœur Pauline.

Comme le Petit Poucet, il avait jalonné son chemin de miettes de pain vite disparues. Grâce à la SADIPAC nous avons su redécouvrir les petits cailloux de sa mémoire.

 

                                                                                              

 

 

 

 

Sources

 

 

BN  papiers Bonnamour naf. 13798

A.N. 401 AP 4, 4 lettres à Paul Déroulède

A.N. 454 AP 48   dossier de Georges Bonnamour à la Société des gens de lettres

A.N. 11 AR 675, fonds du PETIT PARISIEN 

B.N. fonds Barrès (1890-1923) 101 lettres de Georges Bonnamour

 

 

 

 



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